Denys Puech (1854-1942)

"La sirène" Hauteur 60 cm -  fonte Barbedienne

Cette sirène ailée enlevant un jeune garçon dans les flots est une oeuvre importante dans la carrière du sculpteur aveyronnais Denys Puech. L'artiste nous livre ici  une oeuvre troublante, alliant force et maîtrise sur le plan formel à une grande ambiguïté symbolique et poétique.

L'antiquité regorgeait de tant de dieux à queue de poisson, de néréides et de tritons qu'il est fort difficile de caractériser très précisément cette sirène.

En effet, d'abord simple oiseau à tête de femme sur les vases grecs avant le 3ème siècle avant JC, les sirènes s'humanisent chez les romains et les étrusques en devenant des femmes ailées. Le moine anglais Aldhelm de Malmesbury, au 8ème siècle de notre ère, en donne une représentation nouvelle dans son "Liber monstrorum". Il les dote en effet d'une queue de poisson couverte d'écailles grâce à laquelle elles se dissimulent dans les vagues. Malmesbury introduit une autre particularité en affirmant que ces filles de la mer séduisent les marins par la beauté de leur corps. C'est lui qui, le premier, met l'accent sur l'aspect visuel de la séduction qu'elles opèrent. Dès lors, il ne suffit plus de se boucher les oreilles : qui les regarde est perdu !

Malgré la diversité de ses incarnations à travers les âges et les cultures, la sirène demeure le symbole de la séduction et de la fatalité. Allégorie de la tentation, la sirène est toujours un être mixte, qui unit la beauté humaine, par la silhouette ou la voix, à la cruauté animale. Tout comme le désir qu'elle suscite et le sentiment amoureux qu'elle fait naître, la sirène est ambiguë. A moitié immergée, repérable par son chant trompeur et finalement mortel , elle joue pourtant le jeu du désir et de la femme inaccessible. 

Le jeune garçon représenté ici par le sculpteur serait donc déjà perdu. On peine à le croire et pourtant c'est ce à quoi il faut bien se résoudre. Contrairement au poète du "Poète et la Sirène" de Hannaux,  il est corps et âme  sous l'emprise de la créature marine. Non seulement il est déjà physiquement emporté par celle-ci, mais l'artiste s'est appliqué à rendre l'expression de son visage comme absente, comme si son esprit aussi avait été capturé. 

This winged siren abducting a young boy in the floods is an important work in the career of the aveyronese sculptor Denys Puech. The artist delivers a disconcerting work , combining force and control on a formal level with a great symbolic and poetic ambiguity.

Antiquity abounded in so many gods with fish tail, nereids and tritons that it is extremely difficult to characterize this mermaid very precisely. At first simple birds with a woman's head on the Greek vases before the 3rd century before JC, sirens became more human during  the Etruscan and Roman periods,  being depicted from then as winged women. The English monk Aldhelm of Malmesbury, in the 8th century of our era, gave  a new representation of the mermaid in his "Liber monstrorum". This book describes a woman with a tail of fish covered with scales allowing her to hide in the waves. Malmesbury introduced another characteristic by affirming that these girls of the sea allured the sailors by the beauty of their body. He is  the first to stress the visual aspect of the seduction that they operate. Consequently, it is not enough any more to put  one's fingers in one's ears : who looks at them is lost!

In spite of the diversity of its incarnations through the ages and the cultures, the siren remains the symbol of the seduction and fate. Allegory of temptation, the siren is also a mixed being, combining the human beauty, by the silhouette or the voice, with animal cruelty. Just like the desire and the feeling of love which she causes , the siren is ambiguous. Partially immersed, locatable by its misleading and finally mortal song , she incarnates the impossible desire and the inaccessible woman.

The young boy represented here by the sculptor would thus already be lost. It  is difficult to admit and it is however the meaning of this work. Contrary to the poet of the "Poet and Siren" of Hannaux, its body and heart are already under the influence of the sea creature. Not only he is physically carried by the siren, but the artist endeavoured to make the expression of his face like absent, as if his spirit also had been captured.

 

 

 

Liens utiles :
http://www.kuhmann.com/Denys%20Puech/Sculpture.htm

 Mesure d'audience fréquentation par Analyse d'audience